Le Pardon de Scaër en 1897

 


Avant la guerre 14-18, le " Pardon" de Scaër attirait bon nombre de visiteurs étrangers," paotred Pariz", dont des journalistes qui rédigeaient par le suite un compte-rendu dans les journaux  et revues parisiens. En mars 1898, Georges Servières,musicologue et critique musical , publia dans la revue " A travers le monde" le récit des animations du précédent  Pardon de Scaër illustré d'une photo de J. Villard.

Ce  document reprend  avec forces détails les différentes animations dans leur ordre chronologique. On pourra le comparer au récit de Pierre Martin relatant le Pardon de 1889.

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 Jabadao de la gavotte de l'Aven entre les hôtels Kersulec à gauche et Rodallec(Brizeux) à droite.
Carte postale Villard colorisée

"Scaër passe pour l'un des rares endroits où se conserve encore, dans le Finistère, un peu de couleur locale. Le chemin de fer en construction (de Rosporden à Carhaix) aura bientôt détruit les rares vestiges qui en subsistent. Lorsque je m'y trouvais dernièrement, une affiche annonçait le Pardon de Scaër pour le lendemain. C'était l'occasion de voir une exhibition de costumes bretons et d'assister à ces luttes qu'a chantées Brizeux. J'en profitai.

Les courses hippiques

Sur la route départementale de Rosporden, soulevant un flot de poussière, une assez grande quantité de paysans et de paysannes se rendaient à ta fête. Ils allaient posément, tranquillement, les femmes avec cette démarche un peu lourde que leur donne la jupe plissée renforcée d'une tournure en bourrelet, mais la pesanteur de l’allure contrastait avec la délicatesse de leurs visages et la légèreté de la coiffe blanche, ailée de trois paires de brides qui voltigeaient autour du chignon. Un peu plus près du village, toute une foule était assise dans les fossés de la route pour assister à la course de chevaux annoncée pour onze heures du matin ; première partie des réjouissances. 


L'arrivée de la course hippique


Le programme du Pardon de 1897. Un programme immuable d'une année à l'autre

Voici, en effet, qu'arrive, au grand trot, un fort cheval noir monté par un homme rasé, sans chapeau, vêtu du costume du pays. Parvenu à un certain point de la route, le cavalier fait demi-tour et retourne vers le village, à la même allure ; un second lui succède, monté sur un beau cheval entier, gris pommelé ; le cavalier est médiocre, mais la bête est superbe de vigueur et de feu ; puis, à une assez grande distance, un autre suit la course, sur un cheval blanc qui souffle bruyamment ; enfin le quatrième arrive sans se presser ; il sait bien que, dès à présent, il est irrévocablement le dernier. J'avais cru d'abord, à voir le calme des assistants, muets, sans exclamations, sans cris d'encouragement aux concurrents, que c'était là une épreuve d'essai. C'était bien la course elle-même ; le prix avait été remporté par le cheval noir, comme je l'appris à l'auberge, un quart d'heure plus tard. 

Les danses

Dans le village, une foule encore plus dense encombre la route qui en forme la principale rue. Les hôtels, les auberges, les débits sont remplis de buveurs. De nombreuses carrioles ont amené des visiteurs des campagnes environnantes, de Bannalec, de Rosporden, de Concarneau ; des bicyclistes sont venus sur leurs machines. Il est midi, la chaleur est torride. Cependant, les danses ont déjà commencé en pleine rue, dérangées à chaque instant par la bousculade des survenants. Deux cabaretiers ont, devant leurs débits où le cidre coule à flots, installé chacun sur une estrade des ménétriers. Sur chaque estrade, ils sont deux, l'un joue du biniou, l'autre de la bombarde. Je contemple les deux plus rapprochés de l'auberge où j'ai déjeuné. L'un a la figure maigre et longue, en lame de couteau : il joue du biniou. Celui qui joue de la bombarde a une face de pleine lune, rougeaude et rasée, les épaules trapues, le coffre solide, le souffle inlassable Il fait rendre à son instrument, sorte de flageolet au timbre de hautbois de chasse, des notes vives et piquées, est absolument différent des sons de clairon, éclatants comme une fanfare, tandis que le biniou ronronne humblement sa complainte monotone, sur une note de basse mal accordée avec le ton de l'autre instrument. L'orchestre champêtre exécute les traditionnels airs du quadrille breton, la Ronde, le Bal, la gavotte, sur lesquels des couples en costume du pays exécutent une danse grave qui ne répond guère à la sautillante allure de la musique. Les femmes ont, sur la jupe noire froncée autour des hanches, d'élégants tabliers plus clairs, en soie bleue, mauve, rose, feu ou feuille morte, ornés de broderies à la main ou de passementeries d’argent ; sur les épaules, la grande collerette tuyautée de Quimperlé et, sur la tête, la coiffe aux trois paires de brides, avec transparent formé par un ruban de couleur. Les hommes portent le chapeau à galon de velours, la petite veste courte, avec parements en velours noir et rangées de boutons en métal, le pantalon à pont.

A la fin de la course hippique : présentation des prix en jeu pour les tournois de lutte



Gavotte le lundi du Pardon au carrefour de quatre auberges rue J Jaurès . A droite, près de l'hotel de voyageurs, il y avait une exposition de meubles

Des figures de quadrille, par groupe de quatre danseurs, qui rappellent certaines passades des ballets d'opéras, c'est ce qu'on appelle le Bal. Quant à la Gavotte, elle n'a que le nom de commun avec la danse ancienne connue sous cette appellation ; le rythme en est absolument différent, le pas beaucoup plus moderne et plus mouvementé.

Les meubles bretons

En attendant l'heure fixée pour les luttes, quatre heures de l'après-midi, et laissant les danseurs s'essouffler sur la route poudreuse, sous le dur soleil d'août, les étrangers vont visiter les fabricants de meubles bretons. La sculpture sur bois est l'industrie de Scaër ; on y copie les panneaux anciens, les vieux modèles ; on y travaille le chêne et le châtaignier. Les amateurs marchandent les belles pièces ; elles sont assez chères, en vérité. Mais l'artisan se fait fort d'exécuter n'importe quelle commande sur un croquis. On prend des adresses, on promet d'écrire. Écrira-t-on ? Le meuble breton est déjà si déprécié par la camelote d'imitation fabriquée au faubourg Saint Antoine.

Les Luttes

A quatre heures, tout le monde se rend sur la grande prairie où doivent avoir lieu les luttes. Elle longe la route ; de beaux arbres élancés, de trois côtés, lui font une enceinte de feuillages verts qui, sans étendre bien loin leurs ombrages, donnent une sensation de fraîcheur. Le sol est uni, mollement gazonné. Au milieu, une perche est plantée où sont suspendus les prix proposés aux vainqueurs, prix modestes et rustiques, des mouchoirs de couleur, des chapeaux bretons. Le prix d'honneur se compose de deux béliers noirs entravés par les pattes et qui d'abord ne semblent pas très rassurés. Le jury, formé d'anciens du pays, experts dans l'art de la lutte, et de quelques personnages municipaux, en tête desquels est le député de l'arrondissement, grand propriétaire local, vient se placer auprès des prix qu'il doit distribuer. Tout autour de la prairie, assise sur des bancs de bois ou debout, la foule s'est massée en ordre. Pour mieux voir, des gamins se sont lestement hissés dans les branches des peupliers et des frênes d'où ils dominent toutes les têtes. Les jeunes filles se promènent par groupes, élégantes avec leur jolie coiffe légère 'sous laquelle leurs fins visages ont une carnation si fraîche, parées de tabliers de satin bordés de gâtons et de passementerie d'argent. Alourdies par ce costume, les fillettes, mordant à quelque pomme, marchent avec des dandinements de cloches, de poupées en paniers. Il y a là des filles de Fouesnant, pays célèbre dans le Finistère pour la beauté de ses femmes, dont les traits délicats, les bouches d'enfants, les chastes yeux limpides, d'une eau si pure, évoquant des figures de missel, des vierges de vitrail, contrastent avec te visage tiré, les paupières bistrées, les cheveux blondis à l'eau oxygénée de la petite Parisienne névrosée qui, des bains de mer, est venue, en blanche toilette de plage, assister à ce spectacle. 


Le vainqueur de la lutte de Scaër. Statue de Auguste Nayel( 1881) détruite lors des bombardements du musée de Brest( photo musée breton de Quimper)



Photo colorisée de 1902 . On remarquera la barrique en perce derrière la tablée

Les luttes commencent ; ce sont des luttes à main plate, avec permission de pratiquer le croc en jambe, et les concurrents ne s'en privent pas. La plupart sont de tout jeunes gens, de dix-huit à vingt ans, des enfants de quinze ans même. Ils se dépouillent de leur veste, de leur gilet de leur pantalon à pont. Vêtus seulement d'un caleçon et de leur chemise, pieds nus sur le gazon, ils se tâtent, s'empoignent par les aisselles, et cherchent à se renverser par adresse ou par surprise. Les adversaires étant souvent de force égale, la lutte dure longtemps ; les chemises sont mises à une rude épreuve ; malgré la solidité de la grosse toile paysanne dont elles sont faites, plus d'une se déchire sous les efforts des lutteurs. Au moment de la chute, le vaincu, très leste, se retourne comme une anguille sur le côté ; les épaules n'ayant pas touché le sol, il faut alors recommencer. C'est dur, car la chaleur est accablante. Parfois, mais rarement, dans l'assistance, les hommes interpellent les concurrents, leur donnent des conseils en breton. Les membres du jury, le chef de musique lui-même leur adressent des observations. Puis, tandis que le vaincu s'éclipse, le vainqueur s'en va, agitant le mouchoir rouge ou le chapeau qu'il a gagné. Plusieurs luttes se sont déjà succédé, quelques-unes même ont eu lieu simultanément. Le moment est venu de distribuer les prix d'honneur réservés aux vainqueurs des concurrents déjà récompensés. Depuis longtemps, les deux béliers couplés qui forment le prix suprême ont été déliés et lâchés dans la prairie ; rassurés sur leur sort immédiat, ils broutent paisiblement l'herbe verte et drue, en attendant le résultat définitif qui, probablement, leur sera funeste. Ce prix est, en effet, jugé si important qu'il se partage entre quatre luttes. Chaque vainqueur aura ainsi droit à une moitié de bélier. Comment se fera le partage ? Le boucher doit tenir ici le rôle de Salomon.

 Enfin, tout est fini. La petite Parisienne névrosée, qui a suivi, avec des moues méprisantes, ces luttes rustiques entre jeunes gens imberbes, peut être offusquée dans son amour propre de femme par la vue de tant de jolies Bretonnes saines et fraîches, a depuis longtemps disparu, avec son cortège de bicyclistes et de photographes amateurs. La foule s'écoule et revient au village. Les étrangers font atteler leur carriole pour rentrer chez eux, d'autres restent pour attendre les danses de la 'soirée, dont celles de l'après-midi ne sont que le prélude. Il y aura concours de danse, gavotte d'honneur, distribution de récompenses, un peu plus d'animation sans doute parmi les danseurs. Infatigable, cramoisi, souvent rafraîchi par l'hôtelier, le joueur de bombarde souffle toujours et fait jaillir de son instrument des notes vibrantes, incisives, salvatrices". 

La mort d'un cheval

L'union agricole de Quimperlé ( 1er septembre) apporte d'autres précisions:

- Les sonneurs  étaient l'aveugle de Rosporden et Boulig Koz

- Pendant la course hippique un cheval appartenant à Alain Quéré de Guerloc'h est venu heurter un cheval monté par un commissaires des courses. les deux chevaux sosnt tombés, le cheval de Quéré  ne s'est pas relevés , il est mort sur le coup. Son cavalier n'a eu aucun mal , pas plus que le commissaire

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