De Lojou au coeur des plaines canadiennes

 Des Bretons ont participé au grand mouvement d’expansion vers l’Ouest canadien à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. À l’origine on trouve la dynamique d’expansion catholique et le rôle de stimulation idéologique et d’encadrement de l’Église, Elle va accompagner d’un effort de propagande en France et en Bretagne pour encourager l’émigration et la création de colonies de peuplement dans une Prairie canadienne qui s’ouvre désormais largement, grâce à la progression du chemin de fer vers 1880.  Cette propagande, a pu avoir du succès dans certaines régions rurales de l’Ouest breton intérieur qui connaissaient une forte croissance démographique, provoquant morcellement des terres et risque de paupérisation dans ces années 1900-1930, et pour qui l’émigration vers l’Ouest canadien pouvait apparaître comme une issue désirable, sinon un véritable eldorado. 

C’est ce qu’illustre la migration d’une famille de Scaër, les Le Bihan-Carduner, dont les motivations apparaissent très réalistes en termes d’espoir de promotion économique et sociale, et qui étaient prêts à affronter les aléas d’un monde inconnu et les rigueurs de l’hiver canadien pour tenter leur chance.

Un voyage de 20 jours

Au printemps 1912, Jean Carduner, son épouse Marie-Jeanne et leurs neuf enfants quittèrent le village de Lojou en Scaër pour émigrer au Canada dans la province de la Saskatchewan, où deux frères de Marie-Jeanne, Bertrand et Christophe Le Bihan, s’étaient établis au début du XXe siècle.

La tombe de Jean et Marie Jeanne à Swift Current


Ils prirent le train pour se rendre au Havre via Paris pour monter à bord du «Chicago », un bateau qui les transporta jusqu’à New-York. Ensuite ils se rendirent en train jusqu’à Montréal , puis Herbert, dans la Saskatchewan, soit cinq jours de voyage. 20 jours après leur départ de Lojou, ils arrivèrent à bon port  avec l’espoir d’une vie meilleure qu’en Bretagne dans leur métier d’agriculteurs.



On fait de  l'argent plus  vite  ici  qu'en  Bretagne

«Nous  avons acheté 600 acres (*) de terre près du bourg  de  Valdec,  à  deux lieues de Swift Current .  On est en train de bâtir dessus en ce moment. On va semer 30 acres de lin. Nous avons fait casser la terre avec un engin trainant  huit  charrues  après  lui  et  mis  en mouvement par la gazoline.» C’est ce qu’écrivit Marguerite, l’ainé des filles Carduner à une cousine bretonne en mai 1912. En novembre 2012, la lettre suivante évoque les récoltes : «Au Canada le battage vient de finir. Tout le  monde  est  content  car  il  y  a  eu  bonne  récolte.  Nous n'avons pas eu autant de pluie qu'en  France.  Nous  autres  comme on  avait pas une grosse récolte cette année les garçons n'avaient  pas  grand  ouvrage  à  la  ferme.  Bertrand , mon frère,  a  été au battage pendant 25 jours et  a gagné 1500 francs avec six chevaux. On fait de  l'argent plus  vite  ici  qu'en  Bretagne.  Mes tontons  ont eu une très bonne récolte. Ils ont eu 499800 livres.  

"Nous avons fait casser la terre avec un engin trainant  huit  charrues  après  lui 
et  mis  en mouvement par la gazoline
."  Le labour dans les plaines canadiennes vers 1910




Une nouvelle vie

La famille s’adapte à ses nouvelles conditions de vie. Les enfants vont à l’école anglaise  La famille côtoie des voisins venant d’autres pays européens.  «Ici, Il y  a une  Grecque,  deux  Suédoises  et deux  Norvégiennes. L'on est toutes de très grandes amies ». Elle découvre d’autres pratiques culinaires bien différentes : «Par ici on ne fait pas des crampous pas plus  que  du  bara ségal», d’autres loisirs « Par ici , tout le  monde va à  cheval,  filles  et  garçons. ».


Les parents et leurs 9 enfants (Extrait de Généanet)

Dès 1913, Marguerite évoqua dans sa correspondance avec sa cousine bretonne, la perspective d’une installation définitive au Canada. En 1914, elle épousera  Joseph Cloarec, un émigré breton originaire de Langonnet.  Un siècle plus tard les noms de famille Carduner et Cloarec abondent dans la Saskatchewan.

(*) : un acre équivaut à 0,404686 hectare.


Source: l'étude de Jean Le Bihan (bulletin de la société archéologique du Finistère -1998)
Pour en savoir plus:Enquête sur une famuille bretonne émigrée au Canada ; Les Fleuter originaires de Coadry ont également migré vers la Saskatchewan.