Un des plus beau texte d'Auguste Brizeux empreinte d'une poésie pure, majestueuse, mélancolique. Il savait dire les choses tristes, dans la langue la plus pure, comme dans ce récit poignant et sublime relatant une scène qu'il a vraisemblablement connue à Scaër vers 1830 : le convoi mortuaire d'une pauvre jeune fille. Chaque image qui nous vient à l'esprit est riche en émotions.
Brizeux est aujourd'hui oublié; il mérite une place au panthéon des Romantiques aux côtés d'Hugo, Lamartine, Musset, Vigny.
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| Jean Pegot-Ogier a illustré sobrement ce poème |
Quand Louise mourut à sa quinzième année,
Fleur des bois par la pluie et le vent moissonnée,
Un cortège nombreux ne suivit pas son deuil :
Un seul prêtre, en priant, conduisait le cercueil ;
Puis venait un enfant, qui, d'espace en espace,
Aux saintes oraisons répondait à voix basse;
Car Louise était pauvre, et jusqu'en son trépas
Le riche à des honneurs que le pauvre n'a pas.
La simple croix de buis, un vieux drap mortuaire,
Furent les seuls apprêtes de son lit funéraire ;
Et quand le fossoyeur, soulevant son beau corps,
Du village natal l'emporta chez les morts,
A peine si la cloche avertit la contrée
Que sa plus douce vierge en était retirée.
Elle mourut ainsi. — Par les taillis couverts,
Les vallons embaumés, les genêts, les blés verts,
Le convoi descendit, au levier de l'aurore.
Avec toute sa pompe avril venu d'éclore,
Et couvrait, en passant, d'une neige de fleurs
Ce cercueil virginal et le baignait de pleurs;
L'aubépine avait pris sa robe rose et blanche,
Un bourgeon étoilé tremblait à chaque branche ;
Ce n'étaient que des parfums et des concerts infinis,
Tous les oiseaux chantaient sur le bord de leurs nids.
Extrait de La Chaine d'or (Marie)
