Le convoi de Louise



Un des plus beau texte d'Auguste Brizeux empreint d'une poésie pure, majestueuse, mélancolique. Il savait dire les choses tristes, dans la langue la plus pure, comme dans ce récit poignant et sublime relatant une scène qu'il a vraisemblablement vécue à Arzano ou à Scaër : le convoi mortuaire d'une pauvre jeune fille. Chaque image  qui nous vient à l'esprit lors de cette lecture est riche en émotions.

 Brizeux est aujourd'hui oublié; il mérite pourtant une place au panthéon des Romantiques aux côtés d'Hugo, Lamartine, Musset, Vigny. 


 Jean Pegot-Ogier a illustré  sobrement ce poème



Quand Louise mourut à sa quinzième année,

Fleur des bois par la pluie et le vent moissonnée,

Un cortège nombreux ne suivit pas son deuil :

Un seul prêtre, en priant, conduisait le cercueil ;

Puis venait un enfant, qui, d'espace en espace,

Aux saintes oraisons répondait à voix basse;

Car Louise était pauvre, et jusqu'en son trépas

Le riche à des honneurs que le pauvre n'a pas.

La simple croix de buis, un vieux drap mortuaire,

Furent les seuls apprêtes de son lit funéraire ;

Et quand le fossoyeur, soulevant son beau corps,

Du village natal l'emporta chez les morts,

A peine si la cloche avertit la contrée

Que sa plus douce vierge en était retirée.

Elle mourut ainsi. — Par les taillis couverts,

Les vallons embaumés, les genêts, les blés verts,

Le convoi descendit, au levier de l'aurore.

Avec toute sa pompe avril venu d'éclore,

Et couvrait, en passant, d'une neige de fleurs

Ce cercueil virginal et le baignait de pleurs;

L'aubépine avait pris sa robe rose et blanche,

Un bourgeon étoilé tremblait à chaque branche ;

Ce n'étaient que des parfums et des concerts infinis,

Tous les oiseaux chantaient sur le bord de leurs nids.


Extrait de La Chaine d'or (Marie)


La nature s'harmonise avec l'âme humaine

Ce poême est extrait de Marie dont la première édition sortit en septembre1831. S'il fait partie de cette édition, il peut avoir pour cadre Arzano. S'il est paru dans les éditions suivantes (1836-1840-1853), il est possible que ce récit  soit rattaché à Scaër où Brizeux séjourna à partir de 1832.

Brizeux s'est-il inspiré de ce décès? La défunte avait 15 ans, elle est décédé à la fin de l'hiver
Rien ne le prouve cependant et Brizeux n'a pas laissé de notes à propos de ce poème. Mais la licence poétique permet des adaptations. A suivre....


"Brizeux ne décrit pas seulement pour décrire, il associe à la nature quelque chose de l'âme humaine, une pensée ou un sentiment, la poésie du cœur à la poésie des champs. Sa vision des choses est toujours en harmonie ou en contraste avec l'état de son âme et c'est pourquoi chacun des épisodes du poème nous revient sans cesse dans le cadre heureux qui le reçut pour la première fois. Est-il possible de se représenter le convoi de Louise, le cercueil virginal qu'on emporte chez les morts, sans le replacer immédiatement dans ce tableau enchanteur de l'aurore sur la colline ?

Ainsi la nature s'harmonise avec l'âme humaine :c'est l'idée générale de la Chaîne d'or. S'il fallait un rapprochement pour faire mieux comprendre l'émotion spéciale qu'éveillent en nous les paysages où se déroule l'idylle de Marie, nous oserions comparer le peintre breton au plus réel des peintres hollandais, Rembrandt"  Lecigne Brizeux, sa vie, son oeuvre -1898

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