La légende de l'Hercule scaërois

 

Jean-Marie Déguignet, 1834-1905., a acquis  une renommée posthume via ses livres "Mémoires d’un paysan Bas-Breton ", " Histoires de ma vie". Doué  d'une  extraordinaire  mémoire,  Déguignet a rapporté dans ses souvenirs les traditions et légendes qui avaient cours dans son enfance. Son infaillible mémoire lui a permis de les écrire dans des cahiers, sans prétention littéraire.

Voici une légende où il est question d'hommes doués d'une force extraordinaire. Les lutteurs scaërois avaient cette réputation.

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Il est arrivé souvent que des Bretons aient réussi à faire travailler le diable sans rien lui promettre en échange point on a même vu de simples paysans ramasser les démons par poignée et les mettre dans leur poche comme le faisait Gulliver des lilliputiens. Il les utilisait pour faire des travails pénibles ou urgents. Lorsqu'on voyait un homme beaucoup plus fort au plus adroit que les autres on disait  «Hennez ne ma ket unan» c'est à dire :cet homme n'est pas seul. On croyait qu'il était secondé par les forces de l'enfer 


 Les lutteurs étaient considérés parfois comme des surhommes doués d'une force surnaturelle.  Leurs exploits devenaient source de légendes. Gravure d'Olivier Perrin (1808).


J'ai entendu parler d'un nommé Péron de Guélénnec à Ergué-Gabéric. On racontait qu'il avait accompli des tours de force extraordinaires grâce à des démons qu'il tenait enfermé dans un sac. Il peut rivaliser avec Hercule : il étranglait un loup d'une seule main. Lorsqu’une charrette chargée était embourbée, il faisait dételer les bœufs puis prenant le timon, il tirait tranquillement la charrette et la conduisait ou le chemin était sec et où on pouvait à nouveau atteler les bêtes. 

Hercule avait séparé des rochers qui barrait l'entrée de la Méditerranée ; on montrait au Guelennec un grand rocher que notre homme avait déplacé parce qu'il gênait le passage des charrettes et des bestiaux . Près du puits de la ferme, on voyait un auge de pierre aux dimensions considérables, que douze bœufs n'aurait pu déplacer. Cette auge avait été amenée là par Péron lui-même pour servir d' abreuvoir aux bêtes. 

Il avait trouvé son maître

À Scaër, pays des grands lutteurs, il y avait aussi un homme d'une force extraordinaire. On lui rapporta qu'il existait à Briec un homme aussi fort que lui, sinon plus fort. Un jour il quitta Scaër à cheval à la recherche de ce  solide gaillard, dans l'espoir de se mesurer avec lui. 


Le lutteur scaërois Bertrand Christien (1817-1887) est contemporain de ce récit
Ses gains lors des tournois lui permirent d'acheter plusieurs fermes


Avant d'arriver à la ferme qu'on lui avait indiquée comme étant sa demeure, il vit des cultivateurs chargent une charretée d’ajonc, dans une garenne séparée de la route par une haie très élevée. Il voulut leur parler mais comme son cheval ne pouvait sauter par-dessus la haie, il le prit à bras le corps et le jeta dans la  garenne .

Voyant cela les chargeurs de l'ajonc se dire : «Voilà un homme qui n'est pas seul.Le diable 0est en lui». L’hercule scaërois leur demanda où habitait le solide gaillard dont on parlait tant à Briec . Sans lui répondre, un paysan qui fumait sa pipe s'approcha de la charrette chargée, détela les bœufs et la souleva sans effort apparent. Puis il s'avança vers le gars de Scaer et lui dit : «Cet homme, c'est moi».

 Le Scaërois salua, remonta à cheval et s'éloigna : il avait trouvé son maître!

Source : Contes et légendes populaires de Cornouaille bretonne- Louis Oges ( bulletin SAF 1963)


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