Les domestiques et journaliers agricoles scaërois vers 1900

 Dans un ouvrage intitulé « Condition des serviteurs ruraux bretons », paru en 1907 Jean Choleau  a fait un étude  sur la France rurale au début du XXe siècle.
Il annonce  que la population agricole bretonne était de 957.000 personnes sur 3.175.691 habitants en 1896 soit 30.13 % ( Moyenne française : 15 %). Les salariés étaient au nombre de 117.661 soit 16.77 % de la population agricole. L’intérêt de son étude qui couvre  la Bretagne historique, Loire Atlantique comprise) est d’attirer l’attention sur les particularismes locaux recueillis grâce au « concours empressés » de contacts dans de nombreuses communes. Elle est très documentée par des exemples commune par commune, pays par pays. Ainsi son ouvrage développe quelques aspects de cette main-d’œuvre scaëroise via Jean-Pierre. Evennou, commerçant, née en 1873.


Les enfants travaillant à la journée ne reçoivent aucune somme d’argent. Ils sont simplement nourris



Les serviteurs  gagés pour l’année se réservent quelques jours pour aller aux foires et Pardons.

Les serviteurs à gages

Il traite d’abord de l’engagement des serviteurs à gages lors de "gageries", de foire des gages :  à Scaër , c’était lors des foires d’hiver ( place de la mairie) pour une entrée en service le 2 janvier: «  Les domestiques portent un signe distinctif qui les fera reconnaître des cultivateurs cherchant des domestiques… Un usage rigoureusement observé leur interdit de s’offrir : c’est au maître qu’il apparient de faire les avances…Ces engagements se traitent à grand renfort de cris et aussi à l’aide de bolées copieusement bues à l’auberge voisine. Lorsque les deux parties sont tombées d’accord, elles se frappent par deux fois dans la main et arrosent généralement d’une dernière tournée cet engagement verbal.
Le Patron remet alors au serviteur une somme d’argent appelée arrhes ou «  denier de dieu » qui allait de 10 à 20 Francs à Scaër pour les domestiques hommes ( 1 franc de 1900-1914 = un peu moins de 3 euros). Ces engagements  dure habituellement une année. Il n’existe aucun délai pour donner congé.  En général, dans le Finistère,le silence équivaut à un congé .
A Scaër, vers 1850, le grand valet «  mevel bras » recevait 70 francs par an ; en 1905, il gagne en moyenne 250 francs, parfois 300 fr. Un domestique de 18 ans perçoit de 150 à 160 fr, un pâtre de 15 ans : 60 fr plus deux paires de sabot et une chemise, le petit pâtre ( paotr saout) de 10 ans est nourri et logé. Idem pour le « pauvre d’esprit » recueilli dans une ferme.
Les servantes gagnent de 180 à 200 francs par an, les bergères de 80 à 100 francs : «  Les femmes de Scaër mettent dans leur conditions qu’elles auront droit en entrant à un col et une coiffe …On y joint souvent du  linge de corps en toile ». Les serviteurs  gagés pour l’année se réservent quelques jours pour aller aux foires et Pardons.

Les journaliers agricoles

Ils sont engagés à la journée par les cultivateurs : « Il loue ses services à la journée et à tant par jour, s’occupant ordinairement à jours fixes chez les mêmes cultivateurs. Le lundi chez l’un, le mardi chez un autre. En hiver, le journalier s’emploie à l’abattage du bois pour le compte de propriétaires ou à des ouvrages de réfection de haies, de fossés, etc ». Le travail «  à la tâche » a tendance à se propager à cette époque  pour les défrichements, les moissons. De mai à septembre, bon nombre de journaliers vont travailler dans la Beauce, en Normandie, la région parisienne, les iles anglo-normandes.
 Dans la région de Scaër,les « journaliers nourris » perçoivent  les gains suivants
Homme : 0, 75 Fr l’hiver, jusqu’à 1 franc l’été, 1, 50 à 2 fr lors des moissons. Pour les femmes : 05. À 0.60 fr l’hiver, 060 à 0.75 fr l’été et 0.75 à 1 franc lors des moissons.  «  Les enfants travaillant à la journée ne reçoivent aucune somme d’argent. Ils sont simplement nourris. A Scaër, pendant l’hiver, le journalier employé à l’écorchage du bois reçoit 2 fr par jour. Il n’est pas nourri ».

Le travail et le repos

 La durée du travail varie selon les saisons : Le tintement de l’angélus donne généralement le signal du commencement et de la fin de la journée agricole soit de 7h à 19h .« ...Lorsque l’orage menace en été, on commence à 3 h du matin pour ne finir qu’à 10 -11 heures du soir. Par contre, les jours de pluie, la durée n’est parfois que de quelques heures. Il y a aussi d’autres travaux  de ferme avant le lever du soleil ou après le souper : soin au bétail, nettoyages des écuries-étables ».


Le tableau ci-dessous indique une durée moyenne des travaux et repos en Bretagne ( heure locale)


Un exemple de repas dans la région

 Sources : "Condition des serviteurs ruraux bretons" de Jean Choleau et  cartes postales Villard

 

 

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