Une ferme à Keranguen en 1943


Une étude fut réalisée en 1943 par des étudiants pour le musée des Arts et traditions populaires sur la ferme Boëdec à Kéranguen, pour le compte du gouvernement de l’État français. Une façon comme une autre pour le gouvernement de Vichy de signifier qu'il avait encore un semblant de pouvoir en zone occupée. 


Photos prises les 9 février 1943 à Kéranguen. Elles sont visibles sur le site du MUCEM de Marseille



étable et meule de paille

Le préambule de cette monographie fait état des bouleversements qui ont marqué l'agriculture au début du siècle, avec ses incidences sur la maison d'habitation et les bâtiments d'exploitations. Dans cette ferme, vivaient un frère et une sœur, célibataires, une vieille bonne et un jeune domestique. Pour les grands travaux, comme les semailles, récoltes, battages, fumages, le fermier recourrait aux services de journaliers. Mais en période de guerre, la main d’œuvre saisonnière pour les récoltes de légumes, comme les petits pois, se faisant rare, l'exploitant s'oriente davantage vers l'élevage. D'autres travaux de l'époque, ont aussi disparu comme le broyage de la lande ou la fabrication du beurre. La méthode culturale fait état d'un assolement sur 5-6 ans pour les terres moyennes avec une jachère en fin de cycle. Les terres sont adoucies tous les six à sept ans par l'apport de sable de mer que le fermier va chercher lui-même en charrette à Riec-sur-Bélon (20 km environ). On signale aussi l'utilisation de fumier de lande.

Un mobilier dans la tradition 

 

Le rez de chaussée de la maison


L'étude comporte évidemment de nombreux plans sur les bâtiments de la ferme, dispersés dans tout le village. Elle laisse apparaître que l'évolution a conduit à un changement dans l'agencement de la maison. La grande salle commune de la maison, pièce unique au XIX e siècle, est devenue salle d'apparat, la « ti-bras »; tandis que la cuisine et la laiterie occupent un appentis à l'arrière. Mais le mobilier de cette grande salle reste dans la tradition. 


L'étable et la remise
 

 

Kraou-saout et kraou-kezeg

 La ferme de M. Boëdec, archétype de toutes les exploitations de la région, comprenait encore plusieurs bâtiments pour l'élevage, souvent d'anciennes maisons d'habitation affectées à un autre usage. On trouve ainsi un kraou-saout (20 vaches), un kraou-kezeg (trois boxes à chevaux et deux pour les poulinières) et un kraou-pressour (le pressoir à cidre). Dans le kraou-moc'h de M. Boëdec, il y avait à l'époque de l'enquête un verrat, une truie et ses dix porcelets. D'autres bâtiments « kardi » servaient à loger le matériel agricole.

 Moins de cultures plus de prés 

 

Le document montre le caractère relatif de l'occupation des sols suivant les générations. On y apprend que dans les années 1890, l'agriculture s'est développée au détriment de l'élevage. Au début du XX e siècle, les courtils, petits jardins près des maisons, sont absorbés dans les champs. La lande continue à être cultivée pour l'alimentation du bétail et la litière. La guerre a entraîné une régression des cultures et une augmentation des prés.


Un " Kardi"


étable et remise


NB: Étude aimablement communiquée par Charles Burel . photos :Mucem


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