Claude et Françoise de Kermeno, deux religieuses du XVIIe siècle, nées à Coat-Forn



Il y a déjà quelques années, deux ou trois religieuses anglaises de la « Congrégation de la retraite » débarquaient dans une ferme de Coat-Forn, cherchant, livre à l'appui, les traces de leur lointaine « mère »... Aux habitants du village incrédules elles apprirent donc qu'une certaine Claude de Kerméno, fondatrice des Retraites de Quimper, était venue au monde en ces lieux en 1625. Du «château» de l'époque, il ne restait évidemment plus le moindre coin de mur. On ne put leur montrer que la place du manoir d'où émergeaient de grandes pierres sculptées.
Un grand blason est inséré dans la façade de la «maison de garde» qui, à l'origine servait également de colombier. Cette maison est adossée à un four à pain en état de marche. Qui est donc cette Scaëroise inconnue dont le nom est, par contre, connu outre-Manche.

Il est vraisemblable que cette maison a été construite
avec des pierres de l'ancien manoir démoli à la fin du XVIIIe siècle

Le blason  de la famille De Kerméno (Fascé ondé d'or et d'azur de six pièces)
 incrusté à l'envers dans le mur à Coat-Forn


L'arbre généalogique des cinq  religieuses citées ci-dessous .
C'est leur mère Jeanne du Landrein qui  était originaire de Coet-Forn.(Extrait de Généanet)
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Les dames de la Retraite 

En 1678, Claude de Kermeno fonda à Quimper, dans un local de rue Neuve puis sur la place du Collège, la première retraite pour femmes, sur le modèle de la retraite pour hommes fondé en 1670 par le père Maunoir. «Retraite» est le terme utilisé en religion pour désigner une période de prière et de recueillement, hors du monde le plus souvent. Les exercices spirituels sont dirigés par les Jésuites. " La première année,on verra ainsi participer à une retraite à Quimper 80 femmes de la presqu''île de Crozon" ( Louis-Pierre Le Maître- Pierre de chez nous).

La Retraite de Quimper vers 1900 (actuelle Place de la Tour d'Auvergne)



 Claude Thérèse est née le 4 mars 1625 au château de Coëtforn, en Scaër, près de Quimper. Son père, homme très cultivé , possédait à soixante ans la philosophie et les humanités comme s’il les avait enseignées toute sa vie. Il lui arrivait de recevoir le père Maunoir. Jésuite, disciple et héritier spirituel de Michel Le Nobletz, ce « beleg fol », ce prêtre fou, fou de l’amour de Dieu et des hommes. Comme son maître, le jésuite sillonnait les campagnes bretonnes en prêchant des missions, faisant participer des laïcs, y compris des femmes, avec pour seules richesses des tableaux moraux, les « taolennou », qui touchaient et convertissaient les cœurs.

La retraite  souhaita émigrer vers les quais vers 1685 mais cela ne se fit pas pour des questions de finances. Claude-Thérèse de Kermeno meurt le jour de Noël 1693. Au siècle suivant  sera construite une nouvelle Retraite au bord de l'actuelle place de la Tour d'Auvergne à Quimper .Aujourd'hui, les religieuses de la Retraite ont essaimé dans le grand-ouest de la France, en Angleterre et en Belgique.

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 La communauté  des Augustines à Lannion

Sa sœur Françoise Corentine, 1627-1685 sera également la supérieure fondatrice de la communauté  des Augustines Sainte Anne de Lannion. Elle fonda en 1668 avec l’appui de son cousin l’abbé de Plivern, Joseph Corentin , collaborateur et ami du père Maunoir, l’hôpital St Anne à Lannion


Le blason de Kermeno à Lannion

Avec ses trois soeurs, Marie-Anne, Jeanne-Angélique et Marie-Josèphe, elle se fait religieuse chez les Augustines hospitalières de Quimper. En 1664, elle décide de secourir l'établissement déficient de Lannion. Avec mère Françoise, quatre religieuses prennent la route de cette ville. C'est un voyage épique. Elle doit affronter l'opposition du gouverneur sous prétexte que sa soeur ne fait pas partie de « l'expédition ». L'évêque de Dol refuse d'établir le contrat de fondation à cause de l'absence de rente. Ces obstacles résolus, les soeurs remettent en état les lieux pitoyables : murs lézardés, absence d'eau pour soigner pauvres et malades. Les religieuses qui leur succèdent parviendront à rendre dignes l'accueil et les soins dans cet établissement où ils seront assurés jusqu'en 1975. L'hôpital de Lannion est situé dans ce monastère de Sainte-Anne.
Réf. : manuscrits fournis par l'archiviste du monastère Sainte-Anne de Lannion.


La nièce de Claude-Thérèse de Kermeno épousa René de Guernisac du Stang dont les descendants sont la famille De Legge qui a érigé len 1948 la croix de Beg-An-Allée, à l'entrée du chemin qui mène vers Coat-Forn.