Juin 1940: Deux Scaërois dans la débâcle


« Si j'connaissais l'con qui a fait sauter l’pont ». Cette réplique culte du film « Le retour de la 7e compagnie » fait référence à la déroute de l’armée française en mai-juin 1940  qui faisait sauter les ponts lors de sa retraite vers le sud de la France pour tenter de ralentir l’avance de la Wehrmacht. Le destin d’une famille scaëroise a été liée à cet épisode de l’histoire française d’une manière pour le moins cocasse. 

Le hasard d'une destinée

 Henri Gilles, qui a le même prénom que son père et dont la famille habitait dans un immeuble aujourd’hui démoli de la place Camille Boucher, raconte :
« A la fin des années 1960, je travaillais à la raffinerie ELF de Nangis (Seine et Marne). Mon épouse Mylène et moi faisions nos courses à Cesson la Forêt. Nous avons rencontré Dédé Fur et Andrée Massé sa femme, deux anciens voisins Scaërois de nos parents vivant à Montereau. Nous avons, évidemment, été prendre un pot.  Au cours de la conversation Dédé Fur me dit que ‘’si j’étais là c’était grâce à lui’’. Surprise de ma part, et il m’expliqua pourquoi :



Henri Gilles, père, a fait son service militaire à Rennes dans le 13e régiment de cuirassiers en 1933/34


A droite :H. Gilles en octobre 1933



"Lors de la débâcle de l’armée française en mai-juin 1940 j’étais dans un régiment du génie chargé de détruire les ponts sur la Loire pour retarder la progression allemande. Nous venions de miner un pont que nous allions faire sauter dans la demi-heure suivante. Les réfugiés et les éléments de l’armée française continuaient à fuir au sud de la Loire mais nous devions arrêter les passages dans les minutes qui suivaient, l’armée allemande étant toute proche, à quelques dizaines de kilomètres.
Une ambulance de l’armée française se présenta, avec sur le pare-brise un carton sur lequel était écrit ‘’Simone’’ (*). Ton père était au volant ! Pas pressé, comme d’habitude, il arrêta l’ambulance pour aller boire un coup au bistrot, avec ses collègues, côté nord de la Loire. Je lui conseillai ‘’Henri, va boire le coup de l’autre côté du pont, les Allemands sont tout près’’. Ce qu’il a fait. Sinon, le pont sauté, il n’aurait pas eu le temps d’en rejoindre un autre et aurait été fait prisonnier. Il serait donc revenu en 1945 et toi tu n’aurais pas été là…Tu es né en début 1944, si je ne me trompe
". 
 

  Où était ce pont ?

  Henri Gilles conclut :« J’ai regretté évidemment de ne pas avoir noté le nom de ce pont cité par Dédé  Fur. Il aurait pu devenir un lieu de pèlerinage familial, mais cette conversation est restée dans un coin de ma tête. Je savais évidemment que mon père était passé en zone libre puis revenu à Scaër, mais sans plus de précisions  ».
Sur cette carte, le parcours militaire d'Henri Gilles ( service militaire en 1933, puis mobilisation en 1939

Henri Gilles a retrouvé le parcours de son père, brigadier-chef, mobilisé en août 39 qui participa à la campagne militaire de mi-juin 1940 au sein du 7e régiments de cuirassiers. « Il a  franchi la Loire et passé en zone libre à la mi-juin 1940 ».  Il a été démobilisé le 23 août 1940 à Beaumont des Lomagne ( Tarn-et-Garonne) puis est revenu vivre à Scaër.Henri et Simone Gilles , déjà parents de Yves né avant-guerre, auront trois autres enfants Henri ( né en 44), Alain et Michèle.

Henri Pierre Marie Gilles( 1912/1959)


(*) : prénom de Mme Gilles, née Favennec.


 Retour