La langue bretonne dans le canton en 1902


Non content de proscrire l’usage du breton dans les écoles, le gouvernement Combes (1902-1905) veut en interdire l’emploi au catéchisme et dans les églises. Au mois d’août 1902, l’évêché lançait une enquête sur la langue utilisée pour l’apprentissage du catéchisme et la prédication.  Cette étude, sur fond de rivalité entre l’Église et le gouvernement, nous informe sur la situation des trois communes du canton, concluant que la langue bretonne est la seule comprise par la quasi-totalité de la population.

Le gouvernement veut interdire l'usage du breton dans les écoles (affiche au musée de l'école de Bothoa )


L'église  rétorque que c'est la seule langue comprise par la quasi totalité de la population (Couverture d'un livret de catéchisme pour les jeunes enfants)

Scaër

M. L’abbé Caradec, curé de Scaër, écrivait à l’évêque de Quimper qu’il y avait 139 enfants inscrits pour la première communion de l’année suivante. Treize seulement suivaient le catéchisme en français « Sur les 126 qui demandent à suivre le catéchisme breton, pas un seul ne pourrait suivre sans détriment le catéchisme français parce que jusqu’à l’âge de 10 ans, ils n’ont parlé que le breton ».
 Dans cette missive il ajoute que plusieurs ne fréquentent aucune école. Les autres pour la plupart ne viennent à l’école que pour se préparer à leur première communion.« Toutes les instructions se font en breton pour la bonne raison que tous les paroissiens, à l’exception peut-être de trois ou quatre personnes étrangères au pays, comprennent le breton et que l’on trouverait assez difficilement une vingtaine de personnes de 7.000 habitants à pouvoir suivre une instruction en français ».

Saint Thurien

Le recteur de Saint Thurien, l’abbé Picard, informe que l’école de la commune s’est ouverte en 1883 En 1902 «   Les enfants en général vont à l’école. Quelques-uns pour une raison ou une autre n’y va pas et ne reçoivent aucune instruction » Ils y vont de 9 ans jusqu’à leur deuxième communion (12 ans).  L’instruction n’est donc pas grande ».  Dans cette paroisse, le catéchisme s’est fait et se fait toujours en breton exclusivement. 22 garçons et 25 filles étaient inscrits en 1902 « De ces enfants, un seul apprendre le catéchisme français, le fils de l’instituteur. Les autres ne connaissent encore que la langue bretonne. Une douzaine ne vont pas à l’école et n’y iront probablement jamais. Ceux qui sont à l’école, y vont depuis quelques mois, depuis un an peut-être mais aucun ne comprend encore le français ».

Querrien

 A Querrien, le recteur, l’abbé Tanneau, fait la même constatation : seule la fille d’un instituteur apprend le catéchisme français « Elle connaît assez le breton pour comprendre les instructions et les explications données dans cette langue. Aucun des autres enfants ne pourraient suivre avec fruit le catéchisme français ». Il conclut qu’écrivant que toutes les communications paroissiales se dont en breton « Quelques personnes seulement pourraient comprendre assez bien une instruction française ».

Ces enfants de 1902, du moins les garçons, se familiariseront avec la langue française lors de leur service militaire puis au cours de la guerre 14/18.


Sources : Archives diocésaines -IDBE- affiche du musée de l’École de Bothoa



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