Penker Navellou


A deux pas de l’église et de la trépidante circulation automobile, découvrons un aspect du bourg de Scaër d’il y a 2 siècles. Il suffit d’emprunter le venelle qui, partant de la rue de Kerjégu, conduit à Penker-Navellou pour plonger dans un havre de paix. Un mur étrange et impressionnant, haut de 5 mètres, limitant l’ancienne propriété de Kerjégu contribue encore à isoler ce petit coin de paradis.

Deux maisons typiques et un puits bordent l’impasse. L’une d’entre elle dispose d’un escalier extérieur. Certains prétendent qu’il s’agit de l’ancien presbytère de Scaër. L’autre maison est un typique penty, d’une seule pièce. Un jardinet fleuri lui sert d’écrin. Le puits à margelle ouvragée possède encore son treuil et sa manivelle. Voilà quelques éléments du patrimoine bien conservé, presque un décor de film. Un clip sur le chouan Bonaventure a été y tourné  pour Taol-Kurun.
Quant au mur, il impressionne par sa hauteur. Son rôle était d’abriter du vent du nord le jardin du manoir de la famille de Kerjégu.

Mur Vraz


Mur Vraz Penker Navellou

Terminons par cette « gwerz » incantatoire tragi-comique composé par un ancien du quartier et qui fait allusion aux Croisades : « Adieu Mur Vraz Penker Navellou, Mont ront da Jérusalem, Lec’h ‘ma maro Jezus ha lec’h varven ive. Kenavo va fried Helen, welfelc’h ket anomp mui, rag telfen ket ken viken »  En français : Adieu grand mur de Penker Navellou, je pars pour Jérusalem, là où est mort Jésus et où je mourrai aussi. Adieu Hélène Ma femme, vous ne me verrez plus jamais car je ne reviendrai jamais.

 

 

 

 

Penker Navellou a failli disparaître 

Un penty typique


Une maison ancienne
Le puits

 

Ce quartier paisible a failli disparaître au début du 20e siècle  si l’on se réfère au récit dont voici quelques extraits.
« Ce jour 24 août à 4 heures du soir, le jeune Le Du, menuisier, est venu annoncer qu'un incendie venait d'éclater à Pennaneach en Scaër. Les pompiers sous le commandement de monsieur Louers, sont partis aussitôt ; malheureusement ce village est à deux lieues du bourg. Le feu avait déjà brûlé toutes les étables, une maison d'habitation et dix ou onze tas de paille et foin. Les bâtiments appartiennent à madame veuve Boedec de Mellac qui seraient assurée mais on croit que les fermiers n'avaient pas d'assurance. C'est une grosse perte pour eux.

Vers 8 heures et demie du soir, le feu prenait au bourg même et la pompe n'était pas encore revenue ; l'incendie se propageait avec une violence inouïe et la foule, nombreuse pourtant, ne savait où courir ; on craignait que trois tas de genêts sec qui se trouvaient à proximité du foyer de l'incendie prennent. C'est alors tout le quartier de Penguer Navellou qui allait disparaître et peut-être d'autres rues dans le bourg.

Enfin la pompe arriva de la campagne. Le feu est localisé dans une maison à four appartenant à Henri Postic et à une suite de 40 mètres de bâtiment tout neuf appartenant au même les maisons voisines de Laz et de la veuve Fiche ont aussi souffert . Grâce au dévouement de tous, le feu était à peu près éteint vers minuit. Il faudrait citer beaucoup d'actes de dévouement. Tout le bourg était présent. M. de Kerjégu, député, président du conseil général, était l'un des premiers sur les lieux. On ne peut passer sous silence le dévouement des pompiers qui revenant de Pennaneac'h ont travaillé jusqu'à minuit, n'ayant pas mangé depuis le matin. Une mention spéciale est due à monsieur Louers dont l'activité dans cet incendie nous a évité un plus grand malheur. Tout le monde se plaisait à reconnaître également le dévouement de Péron, le lutteur bien connu, qui est resté dans un poste très périlleux sur une cheminée au dessus du feu, pendant près de heures. »

Ce compte-rendu manuscrit d’un certain « commandant Dupont » date du 24 août 1901. On pourra noter que plus de 100 ans après l’adoption du système métrique, la lieu est encore une unité de longueur utilisée.